@ Savoir spirituel

La prière est-elle efficace ?

Du fond de l’abîme je t’invoque, ô Éternel ! Seigneur, écoute ma voix ! Que tes oreilles soient attentives à la voix de mes supplications.» (Psaume 130).

C’est en ces termes vibrants et émouvants qu’un psalmiste inconnu exprime sa peine et son désarroi. Mais cet appel au secours lui apporte immédiatement un certain apaisement et fait renaître l’espoir en son âme. Sachant qu’il sera exaucé, il reprend confiance. «J’espère en l’Eternel - mon âme compte sur le Seigneur», avoue-t-il en s’appuyant sur la promesse biblique : «Invoque-moi au jour de la détresse, je te délivrerai, et tu me glorifieras.» (Psaume 50, 15).
Ernest Schmitt
Monde du Graal vitrail
A travers les siècles, d’innombrables êtres humains ont pu vivre par expérience que la prière sincère est toujours bénéfique. Ils ont eu la preuve en leur for intérieur qu’elle est source de force, d’élévation et de consolation. Mais, ayant réussi à évincer l’esprit et à étouffer la voix intuitive, l’intellect terrestre, grisé par ses succès techniques et prétendant orgueilleusement être le sommet et la mesure de toutes choses, a mis en doute l’existence de tout ce qui n’était pas perceptible aux sens physiques.

Il en est ainsi arrivé à nier Dieu et l’au-delà. Dans ce contexte, la prière dite «intéressée» devenait inutile. Elle était sans objet, il n’y avait plus personne pour l’exaucer puisque le ciel était vide. La prière devenait même indigne de l’homme raisonnable. Celui-ci pensait que la satisfaction de ses besoins légitimes - auxquels il prétendait avoir droit - dépendait uniquement de ses propres efforts, de la puissance de son cerveau et de son travail. Il n’était donc plus question pour lui de s’abaisser et de mendier auprès d’une divinité imaginaire. D’ailleurs, celle-ci n’était qu’une projection de l’homme (Feuerbach), une consolation dictée par l’intérêt (Marx) ou même une illusion infantile (Freud).

S’étant ainsi rendu compte qu’il était seul dans l’univers et qu’il ne pouvait compter que sur lui-même, l’homme avait dépassé le stade primitif où la prière, servant de potion calmante, de tranquillisant ou de remède contre la peur, la souffrance et la mort, exerçait un effet placebo.

Ayant réussi à déceler et à formuler les dernières ramifications des grandes lois cosmiques dans la matière dense, et après avoir constaté que ces lois étaient immuables, l’intellect trouva un autre argument pour dévaluer et ridiculiser la prière. Il expliqua que le recours à une hypothétique providence n’était qu’une absurdité puisqu’il était fondé sur l’idée que la divinité - si elle existait ! - pouvait satisfaire les demandes contradictoires des individus en dérogeant aux lois universelles dont elle était censée être l’auteur et la gardienne.

Pour le philosophe français Léon Brunschvicg (1869-1944), croire à l’efficacité de la prière «relevait d’une structure mentale qui contredit les conditions rationnelles de la réflexion humaine».

Cette attitude prétentieuse est à présent battue en brèche sur tous les plans. Nous sommes journellement assaillis par l’impact dramatique et angoissant des événements, des problèmes et des échéances qui sont autant de chocs en retour du passé, de notre passé. Telle une marée de boue et de sang, l’information charrie principalement la violence, la cruauté, les guerres et maintes tragédies. Face à l’incertitude économique, à la montée du fanatisme et aux menaces du monde contemporain, la haute opinion que nous avions du niveau de notre civilisation et de la capacité de notre intellect à résoudre tous les problèmes se trouve donc sérieusement remise en cause.

Cette incapacité à équilibrer et à harmoniser notre vie est particulièrement perceptible dans les contacts humains dont nous avons pourtant besoin pour donner et pour recevoir. Mais l’intolérance, le racisme et l’incompréhension dominent trop souvent, alors que la chaleur humaine, la politesse, le respect et l’esprit d’entraide ne se manifestent que rarement. L’amour du prochain fait cruellement défaut à notre vie collective chargée d’égoïsme, de haine, de mépris, et elle a perdu ainsi son rôle de joyeuse émulation. Les ponts sont souvent coupés et les individus se sentent affreusement seuls au milieu de la masse indifférente, qui ne sait plus communiquer. Tous se privent ainsi de l’échange spontané qui enrichit et stimule les différents partenaires.

Dans ce climat et sous la pression du reflux accéléré des dénouements karmiques, beaucoup vont devoir réapprendre à prier. Etant donné qu’ils se retrouveront bientôt dans une situation apparemment sans issue et sans espoir sur le plan matériel et affectif, leur défi et leur suffisance fondront rapidement. Sans être vraiment croyants et convaincus, ils vont essayer de s’adresser à cette Entité supérieure vaguement pressentie, qui seule peut encore les aider.
Qu’est-ce qu’une prière ?
Monde du Graal église
Il est évident qu’on s’adresse plus facilement à quelqu’un que l’on connaît. Cela s’applique à plus forte raison à la prière par laquelle un esprit humain demande au Maître des mondes de l’aider. Mais... pouvons nous connaître Dieu ?

C’est à travers son oeuvre, la création, que nous pouvons et que nous devons approcher Dieu. Elle est issue de sa volonté, constituée par son irradiation, propulsée par ses lois et sustentée par sa Force. La connaissance de l’étendue des sphères de la création, de la vie prodigieuse qu’elles abritent, de la force motrice universellement en action, le tout édifié sur la base de l’Amour et de la Justice, ne peut que déclencher une prise de conscience faite d’émerveillement et de gratitude. Dans cet état d’esprit, l’être humain transporté par tant de grandeur et de sollicitude voit enfin clairement sa place et ses possibilités et ne peut que remercier du fond du coeur. Cet élan de gratitude est une prière qui exprime la vénération et l’adoration qui jaillissent d’une âme émue. Cette forme de prière ne demande rien. Elle n’est nullement une requête.

Celui qui prie ainsi est intimement convaincu que tout est sagement ordonné. Il sait que des lois parfaites et immuables sont à l’oeuvre en vue de stimuler, de renforcer, de promouvoir et de faire évoluer tout ce qui a pris forme. De plus, il pressent que, pour s’assurer le concours permanent des lois, il doit apprendre à les connaître, et ainsi s’efforcer de s’insérer volontairement et librement dans leur marche ascendante. C’est alors que, s’il amplifie son pur vouloir en une profonde résonance avec elles, les lois pourront lui donner tout ce dont il a besoin pour son bien-être physique, pour son bonheur et son ascension spirituelle. Elles le feront de bonne grâce et sans qu’il soit nécessaire de le demander tout spécialement.

Telle sera la prière de demain, lorsque nous aurons retrouvé notre place dans l’harmonie cosmique et que, en un vibrant échange, nous remplirons notre mission d’êtres humains.

Mais dans l’immédiat, et en prélude à la fin de notre évolution, nous avons à traverser la phase cruciale du choix. De ce fait, nous sommes soumis au reflux accéléré des dénouements karmiques qui nous rendent la moisson amplifiée de nos semailles passées. Il nous faut donc vivre cette époque charnière dans un contexte incertain et menaçant, car nous rencontrons inévitablement des situations difficiles et douloureuses. En conséquence, durant cette période, nos prières sont plus souvent des requêtes, des cris d’angoisse et des appels au secours que des actions de grâce !

Il faut cependant savoir aussi que, à l’encontre de la législation humaine, les lois cosmiques ou naturelles sont rigoureusement justes dans leurs dénouements. Les reflux karmiques ou chocs en retour ne peuvent se faire que sur les fils par lesquels tout ce que nous avons émis en pensées, en paroles ou en actes nous est resté attaché. Ce n’est donc pas pour nous punir, mais pour nous éduquer, pour nous permettre de voir et d’éliminer nos défauts et nos faiblesses que cette fonction universelle est à l’oeuvre.

A ceux pour lesquels la vie est restée une énigme déroutante avec ses déboires, ses amertumes, ses souffrances et surtout ses inégalités révoltantes, il faut enfin dire que tout s’explique. Il suffit d’admettre que notre existence n’a pas commencé avec la naissance terrestre. L’âme qui s’incarne existait déjà avant cette vie terrestre. Elle était même déjà venue plusieurs fois sur terre. Les séjours terrestres et les stages faits sur les plans de l’au-delà entre deux incarnations font partie de la chaîne de notre parcours évolutif. La somme des expériences vécues a donc permis à chacun de modeler son moi à sa guise.
Comment agit la prière ?
Monde du Graal église
N’ayant jamais eu la vraie notion de la grandeur et de la perfection absolue de Dieu, nous ne pouvions pas non plus nous représenter de quelle façon Il agit à travers ses lois et, en particulier, ce qui se passe lorsque nous lui adressons une demande ou un appel au secours.

Tout ce qui a pris forme sous la pression et avec le concours actif des lois naturelles continue à être régi par ces mêmes lois. Aucune autre voie d’action et d’évolution n’est possible pour les êtres et pour les choses. Il ne saurait en être autrement pour nos prières ; elles obéissent, elles aussi, à ces mêmes lois qui sont les gardiennes intransigeantes de l’ordre cosmique. En l’occurrence, c’est la loi de l’attraction des affinités qui règle le déroulement d’une prière.

Faute de connaître l’ampleur et la richesse des plans invisibles à nos yeux physiques, nous nous étions contentés d’un terme flou et imprécis : «l’au-delà». Il existait bien des descriptions transmises par des médiums, mais elles relataient la vie et l’environnement d’un plan précis, celui auquel le voyant ou le médium avait eu accès lors de sa vision. Vouloir extrapoler, et étendre ces récits à l’ensemble de l’au-delà ne pouvait qu’augmenter la confusion.

A présent, les descriptions offertes par le Message du Graal permettent une connaissance sans failles et sans contradictions depuis la sphère divine jusqu’à notre matière dense lourde. Toute personne qui s’efforcera d’assimiler cette somme unique de révélations nouvelles pourra acquérir une vue globale de la création. Et, dans ce cadre grandiose, elle pourra placer les événements quels qu’ils soient, grands et petits. Sous l’impact des lois, tout se déroule avec une simplicité, une rigueur et une logique bouleversantes.

Tout prend forme dans la création. Ainsi, les paroles que nous prononçons prennent aussitôt forme sur le plan de matière dense moyenne, appelé plus couramment «plan astral ». Nos pensées, un peu plus fines, se revêtent de matière dense subtile. Du fait de leur matérialité, ces deux expressions de notre vouloir ne sauraient quitter l’emprise terrestre. La loi de l’attraction des affinités et celle de la pesanteur forment pour elles un barrage infranchissable.

Mais l’être humain porte en lui une étincelle immortelle, issue de l’irradiation divine : son esprit. Les mêmes lois qui interdisent aux paroles et aux pensées de dépasser la matière ouvrent la route à l’intuition, qui est la voie de l’esprit. Lorsqu’un coup du destin nous frappe durement à l’improviste, ou touche douloureusement un être cher, l’angoisse nous étreint. Il arrive alors qu’un cri de détresse jaillisse spontanément du plus profond de notre être bouleversé et tremblant : c’est un véritable appel à l’aide sans paroles. A l’inverse, une joie pure peut surgir à l’occasion d’un bonheur soudain et inespéré, d’une protection fortement ressentie, et s’élancer avec la même spontanéité et la même puissance.

Dans la situation actuelle, ces réactions immédiates ne sont encore que des cas exceptionnels. Le plus souvent, nous prononçons des paroles ou nous pensons avec des mots lorsque nous prions. Que se passe-t-il alors ?

Comme nous avons pu le constater, pas plus que les pensées, les paroles ne peuvent quitter le plan qui est le leur. Elles n’ont donc pas accès aux plans situés au-dessus de la matière. Toutefois, elles ont leur utilité. Elles nous permettent de nous concentrer, elles nous obligent à nous rendre compte de notre situation, à prendre conscience que le danger ou la détresse dépasse nos possibilités et que seule une intervention supérieure pourrait nous sauver ou nous tirer d’affaire. Cette partie de la prière qui reste dans les limites matérielles est donc utile pour nous. Pour qu’elle puisse toutefois s’élancer et atteindre la centrale supérieure capable de l’exaucer, il faut que les paroles ou les pensées, en refluant en notre for intérieur, soient rendues vivantes intuitivement et acquièrent ainsi des ailes pour monter. Finalement, cette ascension dépend aussi de la pureté et de l’intensité de l’intuition. L’incorruptible loi de l’attraction des affinités veille. Elle facilite à la prière l’accès des plans lumineux ou elle le lui interdit, selon que les conditions requises sont remplies ou non. Si une prière n’est pas profondément ressentie et spiritualisée grâce à l’intuition, elle n’a ni valeur ni effet. Elle ne pourra donc pas monter et, restant dans les étroites limites terrestres, elle ne sera pas exaucée.

En nous observant, il nous est facile de constater que le fait de réciter une prière, donc de prononcer les phrases qui la composent, accapare déjà notre attention et rend plus difficile l’effort indispensable pour propulser notre requête hors de la pesanteur terrestre. Les paroles ou les pensées ne sont en quelque sorte que le tremplin sur lequel l’intuition s’élancera et acheminera notre demande vers les hauteurs lumineuses, et c’est de là que pourra alors descendre l’aide sollicitée.

La prière est donc un acte sérieux, accompli dans les meilleures conditions d’isolement, de calme et de concentration. Lorsque nous aurons pris conscience du déroulement d’une prière, nous rechercherons et nous trouverons la façon personnelle de nous y conformer. La meilleure base pour un élan vers le haut est évidemment une émotion qui nous soulève ou nous étreint, peu importe que ce soit la joie, un souci ou une angoisse. Il faudrait éviter de demander une chose pour laquelle nous ne sommes pas motivés et dont nous n’avons pas vraiment besoin. Il est même souvent préférable de laisser à la Lumière le soin de décider de l’exaucement.

Citons à ce sujet la prière du philosophe grec Socrate (470 à 399 av. J.-C.) :
«Accordez-moi, grand Dieu, ce qui m’est nécessaire, bien que je sache ou non vous le demander, mais si, de mes désirs, l’objet m’était contraire, daignez, grand Dieu, daignez ne pas me l’accorder !»

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