Savoir rire : une vertu thérapeutique
On peut rire pour différentes raisons, lorsque l’on se sent très heureux par exemple, ou bien en écoutant une histoire drôle. Quel est l’impact de l’humour dans notre vie ? Quand et pourquoi avons-nous envie de rire ?
Auteur Gerd Harms
On peut rire ou sourire pour des raisons diverses et de différentes façons. On parle d’un rire malicieux, d’un rire bête ou ricanant, voire sardonique, d’un rire d’incompréhension ou stupide, d’un sourire embarrassé ou superficiel, d’un sourire tranquille et même bienfaisant, d’un rire joyeux qui vient du cœur, ou rafraîchissant, d’un rire libérateur, d’un rire communicatif ou contagieux. Et finalement il y a le rire aux éclats.
Le rire entraîne des réactions corporelles plus ou moins fortes, alors que le sourire se traduit uniquement dans l’expression du visage.
Ces réactions physiques ou esquissées sont l’expression naturelle de processus mentaux, intellectuels ou spirituels correspondants, qui peuvent être soit agréables ou encourageants, soit pénibles ou tirant vers le bas.
«Le rire est contagieux », dit-on, et cela vaut pour un rire fort, libérateur, aussi bien que pour un sourire tranquille. Il nous rend joyeux. Le chagrin peut tout aussi bien se communiquer si les gens y sont disposés. Cependant tout le monde ne se laisse pas entraîner ; que ce soit un grincheux, qui ne trouve pas matière à rire ou qui est trop fermé, ou une personne bienveillante qui se contente d’acquiescer en souriant.
Les caractéristiques de l’histoire drôle
En général, une plaisanterie est une idée amusante énoncée en peu de mots de façon à déclencher la surprise ou le rire. Elle se présente le plus souvent comme une histoire dont on attend avec impatience le dénouement, mais qui à travers un changement de sémantique débouche tout à coup sur une fin inattendue.
L’intrigue qui émerge est ce qui donne vie à une histoire drôle. Quand une blague est bonne, c’est qu’elle franchit les limites de la pensée normale, et devient un moyen de critiquer des cibles bien définies. Elle peut libérer les émotions qui sont le véhicule des tabous sociaux, domestiques, éthiques ou autres : les histoires grivoises sont faites pour surmonter l’embarras moral, les blagues politiques pour critiquer ce qui est officiel, et la blague absurde ou surréaliste sans chute vise à surprendre la logique.
Sa forme est diversement appréciée d’une culture à l’autre, d’une région à une autre, d’un point de vue à un autre sur des aspects académiques, nationaux, excentriques, etc ; elle s’apparente aux histoires satiriques ou aux épigrammes mais diffère de l’humour teinté de sentiment.
De plus, le fait que le composant essentiel, l’effet de surprise, soit immédiat à l’audition ou à la lecture, crée une attente de nouvelles blagues.
Traiter de la puissance du rire ne se cantonne cependant pas à aborder ces mécanismes qui provoquent certaines réactions, mais c’est chercher à savoir quel est l’impact de l’humour dans la vie.
Les caractéristiques de l’humour
Comment peut-on définir le sens de l’humour ? Comment s’exprime-t-il et quelles sont ses significations ? On trouve à ce sujet dans l’encyclopédie les explications suivantes :
«L’humour est dans son sens le plus strict la faculté d’accepter avec calme l’adversité et même d’en voir le côté drôle.» L’humour a d’ailleurs été un élément largement répandu dans tous les arts, notamment en littérature. Le besoin d’être diverti d’une façon humoristique a probablement existé à toutes les époques. Nous ferons ici la distinction entre ce que nous appelons l’humour léger (qui n’est pas méchant) et ses corollaires malveillants comme la satire, la parodie, l’ironie ou même le sarcasme.
Il est moins bien accepté de s’amuser du malheur des autres et de porter préjudice, mais c’est un des aspects importants de l’humour, puisque contrairement à la croyance populaire, il n’est pas forcément inoffensif : diverses sortes d’humour, ou certaines dispositions pour les blagues sont souvent liées aux classes sociales ou au caractère national, par exemple l’humour anglo-saxon qui consiste à dire sur un ton sérieux des choses du dernier comique.
«Dans les études sur la personnalité, l’humour est toujours considéré comme une preuve de maturité, qui permet à l’individu de supporter avec calme les divergences inévitables entre l’idéal et certains aspects de la réalité, de rester positif devant la vie et l’humanité en général, et de pardonner ses défauts à cette dernière. L’humour est une attitude envers la vie, et de plus, il évite le danger d’une perte de distance critique par rapport au monde. L’humour peut aussi permettre d’accepter des conditions inacceptables.
C’est une composante libératrice pour régler une crise ou des situations conflictuelles dans la bonne humeur, et elle est également reconnue par les scientifiques comme pouvant prolonger la vie de façon certaine. Aborder des crises ou des situations de conflit avec humour peut être libérateur, sain, et par conséquent bénéfique pour la santé et prolonger la vie. Celui qui n’est pas tout à fait dépourvu du sens de l’humour parvient naturellement à cette compréhension sans l’aide de la science, s’il s’observe et observe les autres.
L’effet libérateur des histoires drôles
Parce que l’humour et le rire font partie des besoins de base de l’humanité, de nombreux magazines publient régulièrement des pages et des colonnes d’histoires drôles ou de dessins humoristiques. On trouve des collections de blagues dans les livres, les journaux ou sur Internet, avec des sites interactifs pour participer à l’élaboration des histoires drôles et pour en évaluer la qualité. Naturellement, certaines de ces blagues et histoires sont à éviter lorsqu’on est en «bonne compagnie», mais elles donnent des renseignements sur les intérêts des gens, sur ce qui les fait rire ou les déprime.
Les blagues ont une fonction de soupape ; elles libèrent – au moins temporairement – d’une pression souvent inconsciente. Le temps du carnaval, où les gens font les fous dans des représentations théâtrales plus ou moins humoristiques en est un exemple. Le carnaval est particulièrement populaire dans les sociétés réprimées par des règles religieuses rigides, et où les gens sont poussés à vivre de façon extrême le décalage entre la réalité de leur vie et l’idéal religieux prescrit. Une fois par an, vêtu de l’habit du fou, l’homme rompt avec les règles.
On peut attribuer un rôle similaire au clown de cirque ou de spectacle de variété. Les spectateurs sont placés sous tension par les performances à couper le souffle des artistes, tandis que le clown fait rire et détend par intermittence avec ses maladresses et ses farces. Le clown de cirque travaille dans bien des sens à la devise : «La joie malicieuse est la plus grande joie», en provoquant toutes sortes de malheurs pour lui ou pour ses partenaires.
Dans les temps passés, les rois avaient eux aussi un bouffon qui avait le droit de dire ce que les courtisans n’étaient même pas autorisés à penser, et c’est ainsi qu’il ne contribuait pas seulement à l’amusement mais qu’il était capable de mettre en cause et de corriger certaines façons de penser ou certaines attitudes fausses.
Que ce soit pendant le carnaval, sur les scènes de théâtre ou dans la conversation de tous les jours, la pratique de l’humour convient bien pour exprimer par un «clin d’œil» des faits frappants ou douloureux.
Le nouvel habit de l’empereur
Un escroc vint un jour voir l’empereur et le persuada qu’il pouvait tisser pour lui des habits extrêmement fins. En réalité, ils étaient si fins qu’il fallait être plus qu’intelligent pour réussir à les voir. L’empereur accepta. Comme personne n’était enclin à révéler au souverain son ignorance et son manque d’intelligence, il se promena complètement nu, sans que qui que ce soit en parût scandalisé.
Tout se passa bien jusqu’à ce qu’un enfant lève les yeux sur l’empereur et s’écrie en toute innocence : «Mais l’empereur n’a pas d’habit !» Ce fut alors que les autres eurent le courage d’admettre ce qu’ils voyaient.
Il en résultat un grand rire libérateur. L’histoire ne dit pas si l’empereur fut capable de se joindre à l’hilarité générale. L’escroc en tout cas prit ses jambes à son cou.
Ce conte d’Hans Christian Andersen – résumé ici de mémoire – est souvent mentionné comme exemple du refoulement collectif, qui dans le meilleur des cas, se termine par un rire sur sa propre folie.
Les recherches sur le rire
Une branche de la recherche s’occupe des effets du rire, c’est la «science du plaisir » ou gélothérapie (du grec gelos : rire). Le mot technique gélothérapie n’est pas encore inscrit dans le dictionnaire, mais sur le site www.humour.ch on peut lire l’introduction suivante :
«Humour.ch fut créé pour donner une adresse internet au rire. Le site de l’association est divisé en deux parties, l’une pour la technique et l’autre pour le divertissement. L’association considère que le sérieux et le rire vont de pair et que le temps est venu d’ancrer cette idée scientifiquement saine dans la conscience de la société.
Le point de départ fut la première réunion internationale qui avait pour thème «Humour en thérapie» qui eut lieu le 5 octobre 1996 au Palais des Congrès de Bâle. Depuis lors, une convention s’y tient chaque année. Nous nous considérons comme le centre des informations sur la gélothérapie et l’humour thérapeutique d’une part, et comme contact pour l’humour pratique de l’autre.»
La page comporte des blagues de sources variées. En voici quelques exemples :
Un rabbin et un prêtre catholique déjeunent ensemble. Le prêtre demande au rabbin : «Quand me direz-vous pourquoi vous dédaignez quelque chose d’aussi bon que le jambon ?» Le rabbin répond malicieusement : «Malheureusement, je ne peux pas vous le révéler avant la date de votre mariage !»
Une vieille dame trouve un article dans un magazine avec pour titre : «Celui qui rit, vivra plus longtemps » ; elle y découvre les effets du rire sur le corps, à savoir une respiration plus profonde et une amélioration du système immunitaire. Elle commence alors à lire l’article à son père de 96 ans. Mais dès qu’il entend le titre, il crie : « Quoi ! encore plus longtemps ? »
Un garçon vient voir son professeur et demande : «Peut-on être puni pour quelque chose que l’on n’a pas fait ?» «Non, bien sûr que non», dit le professeur. «Alors c’est bien», dit l’élève, «parce que je n’ai pas fait mes devoirs.»
Quelle est la différence entre un piano Steinway et un violon Stradivarius ? – Le violon produit moins de chaleur lorsque vous le brûlez.
Ces histoires sont sous une forme très condensée, mais parfois le texte est enjolivé jusqu’à la chute pour intensifier les attentes de l’auditeur et le rire (mais l’exagération peut parfois être préjudiciable !)
Plusieurs hommes sont rassemblés dans un sauna, quand soudain à la surprise générale un téléphone portable sonne. Un des hommes s’en saisit et dit : «Allo ?» une femme répond : «Chéri, est-ce toi ? C’est quoi ce bruit ? Es-tu au sauna ?» - «Oui» – «Chéri, je suis juste devant une bijouterie et il y a le collier de diamant que je cherchais. S’il te plait, s’il te plait, puis-je entrer l’acheter ? Il est très abordable et coûte juste un peu plus de 20 000 euros !» «Combien de plus ?» - «Oh, eh bien, de toute façon en dessous de 25000» - Bon, d’accord pour cette fois, mais ne paye pas un centime de plus que 25 000 euros, tu entends ?» - «Tu es vraiment très gentil.
Oh mon chéri puisque nous en parlons, je viens de passer devant le concessionnaire et tu ne vas pas me croire, ils ont la voiture de mes rêves, exactement la couleur, avec tous les accessoires que je voulais. Le vendeur me laisserait la voiture pour un prix de 60 000 euros. S’il te plait, s’il te plait, chéri, puis-je l’acheter ?» - «D’accord, ma douce. Mais essaie de faire baisser un peu le prix. OK ?» - La femme se dit que c’est son jour de chance et enchaîne aussitôt: «Chéri, tu sais combien j’aimerais que maman vienne habiter à la maison avec nous. Je sais que tu n’en as pas très envie, mais pourrions-nous faire un essai de trois mois ? Si cela ne marche pas, tu pourras toujours dire non. Qu’en penses-tu ? – Bien, chérie, faisons un essai. Mais si cela ne marche pas…» - «Oh, merci mon amour, je t’aime plus que jamais. Et je me réjouis de te retrouver ce soir !» «Moi aussi, chérie, à plus tard !» - Disant cela, l’homme repose le téléphone et jette un regard interrogateur autour de lui : «Est-ce que quelqu’un sait à qui appartient ce portable ?»
… Avez-vous ri, ou connaissiez-vous déjà cette histoire ?
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