@ Karma et réincarnation

Vies antérieures : les enfants retrouvés (Interview de Jenny Cockell 2ème partie)

MdG : A ces occasions, qu’avez vous éprouvé ?

Jenny Cockell : Pour comprendre ce que je ressentais, il faut peut-être penser à une famille adoptive. On a l’impression d’en faire partie, mais pas vraiment, puisqu’on est une autre personne.

J’ai eu aussi des moments difficiles avec la famille, car bien qu’elle m’ait acceptée, je ne pouvais pas totalement me comporter comme je l’aurais aimé. Lorsque j’ai rencontré Sonny pour la première fois, je ne pouvais tout simplement pas le prendre dans mes bras et lui dire : «Comme c’est merveilleux de te voir !» puisque de son point de vue, il me rencontrait pour la première fois.

Pour cette raison, je devais me retenir. Et il m’était difficile de lui laisser du temps ! La plupart des enfants ont dû renouer le contact étant donné qu’ils avaient été séparés et envoyés dans des foyers différents ; certains d’entre eux ne s’étaient pas vus depuis longtemps, et même pendant la plus grande partie de leur vie. Afin de les laisser se retrouver les uns les autres, se parler et passer du temps ensemble, j’ai dû rester au second plan et permettre aux choses d’évoluer naturellement.

J’avais toujours des sentiments maternels envers eux, mais je ne voulais pas les désarçonner par ma soudaine irruption dans leur vie. C’était une situation très, très délicate. Mais j’ai eu vraiment beaucoup de chance. Sonny a rendu les choses beaucoup plus faciles pour moi, car il avait tout expliqué aux autres membres de la famille.

Il fut si direct – il l’était aussi enfant, un tout jeune homme très, très direct. Il a assez souvent posé des questions à ses frères et sœurs, que je n’aurais pas osé poser moi-même.

Comme nous nous rencontrions pour la première fois, les cinq enfants et moi, assis autour d’une table, Sonny a dit : «Que pensez-vous de l’histoire de Jenny ?» Alors j’ai pensé : oui, c’est cela ! Je ne voulais pas proposer mon interprétation, je ne voulais pas dire : «Écoutez ! Il s’agit ici de réincarnation !» mais je voulais laisser chacun libre de voir la situation à sa façon.

MdG : Votre histoire a aussi inspiré un film avec Jane Seymour. Qu’en pensez-vous ?

Jenny Cockell : Ce n’est pas vraiment mon histoire. Elle n’y correspond qu’en partie, mais quelques détails sont absolument exagérés, une ou deux choses. Le bébé mort-né… je pleure toujours lorsque je vois cela, car c’est naturellement très traumatisant. Je suis plutôt de nature optimiste.

Mon intention en publiant mon histoire était de rendre l’idée de la réincarnation plus accessible à un large auditoire, et de montrer que les événements se sont réellement passés !

Durant ma jeunesse, je me sentais très isolée. Les gens autour de moi ne pouvaient pas accepter que la réincarnation existât réellement. Et je pense que plus nous parlons de ces choses, mieux ce sera pour les enfants. Il y a présentement beaucoup d’enfants qui grandissent avec de tels souvenirs de vies antérieures, et ce peut être une grande source de perturbations pour eux.

MdG : Connaissez-vous de tels enfants ?

Jenny Cockell : J’en ai rencontré quelques-uns. Mais normalement, ils oublient ces souvenirs vers l’âge de six ans. Ils ont alors moins de contact avec la mère, ils vont à l’école, ils changent. En rendant mon récit public, je voulais aussi faciliter cette expérience aux autres.


MdG : Après avoir publié votre histoire, vous vous êtes sûrement heurtée à des sceptiques, qui ont supposé que vous l’aviez inventée pour faire de l’argent, ou pour être le point de mire. Que leur répondez-vous ?

Jenny Cockell : Votre question est intéressante. On entend souvent les gens dire au sujet d’enfants qui ont des souvenirs antérieurs à cette vie : «Tous les enfants recherchent l’attention. Ils veulent être sous les feux de la rampe !» Je sais pour ma part que quelques-uns de ces enfants sont en réalité très timides et auraient préféré ne pas attirer l’attention. On doit avoir une très bonne raison pour s’exposer ainsi.

Je ne raconte pas mon histoire pour les gens qui n’en ont rien à faire. Je la raconte pour aider ceux qui veulent en savoir plus sur cette expérience et la comprendre. Quand quelqu’un la rejette et tient à demeurer sceptique, ça ne me dérange pas.

MdG : Vous avez dit que vous n’aviez voulu exercer aucune pression sur vos enfants de la vie précédente. Ont-ils finalement reconnu qu’il était question de réincarnation ?

Jenny Cockell : Ça a été très particulier. J’ai d’abord rencontré Sonny, et au début nous n’avons pas parlé de réincarnation. Vers la cinquième ou la sixième rencontre, il a de lui-même abordé le sujet. Et je lui ai dit : «D’après ma conviction, c’est de cela qu’il s’agit, mais tu n’es pas obligé de le voir ainsi !» Il fit : «Hmm… !» Mais il semblait tout à fait satisfait de cette explication.

J’ai rencontré Phyllis chez Sonny, après que nous eûmes réussi à la retrouver – et je n’ai pas dit grand-chose devant elle sur le rôle que j’avais joué. J’ai fait de même pour les autres, que j’ai rencontrés l’un après l’autre ; je n’ai pas vraiment révélé ce que je pensais.

La première fois où il fut question de réincarnation pour expliquer ces événements, ce fut à l’occasion de notre première rencontre familiale. Les filles, Phyllis et Betty, pensaient toutes les deux que leur mère parlait à travers moi, et ce fut pour elles désagréable, je dois le dire, quand elles s’aperçurent que ce n’était pas mon opinion. Je m’aperçus alors qu’elles ne me considéraient donc pas comme leur mère, bien qu’elles m’aient traitée comme telle.

Quand je pris contact avec Frank, il ne sut d’abord pas comment il devait réagir. C’est alors qu’il eut un grave infarctus et cette expérience de mort approchée lui fit comprendre qu’il devait être plus généreux, et qu’il avançait vers la mort.

Après quoi, il a montré de l’intérêt et a très bien accepté la situation. Christy montra clairement par ses paroles qu’il acceptait la réincarnation. Il a tout expliqué aux autres : oui, c’est normal, même si les prêtres ne le voient pas ainsi. Quant à Sonny, il n’avait aucun problème.

J’avais bien de la chance que tous soient d’accord. Mais je n’aurais jamais osé dire à chacun ce qu’il devait penser.

MdG : Est-ce que votre compréhension de la religion a changé, à travers vos expériences ?

Jenny Cockell : J’ai un problème avec les formes de confessions rigides. Je comprends que les gens puissent concevoir les choses différemment. Je n’ai pas le droit de refuser aux autres leur façon de voir, pas plus qu’ils n’ont le droit de nier mon expérience – d’autant plus qu’il ne s’agit pas en l’occurrence d’une question de foi.

Quand j’y regarde de plus près, je suis frappée de voir que bien des éléments se retrouvent dans toutes les religions.

L’harmonie règnerait, si nous voulions reconnaître les points communs qui les rapprochent.

MdG : Merci pour cet entretien.

Propos recueillis par le Dr Jens Rohrbeck
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