Les inté­rêts, tumeur can­cé­reuse du sys­tème moné­taire (2/4)

  1. Page 1 : Com­ment tra­vaille notre argent
  2. Page 2 : Crois­sance conforme et crois­sance contraire à l’ordre naturel
  3. Page 3 : Une folie ren­due invi­sible par son ampleur
  4. Page 4 : Les inté­rêts inter­viennent pour 40% dans le prix d’achat
  5. Page 5 : Le sys­tème des inté­rêts conduit à la catas­trophe écologique

Paul Schmitt
«Faites tra­vailler votre argent !» «Nous mul­ti­plions votre argent !»
Per­sonne n’ignore ce genre de slo­gan affi­ché par les banques, qui nous fait ima­gi­ner d’innombrables billets en train de tra­vailler pour nous.
On y voit des employés arro­sant des arbres où pousse l’argent. Un véri­table pays de cocagne où celui qui dépose ses éco­no­mies y recueille une manne d’intérêts.
Ah, si seule­ment c’était vrai !

 

Com­ment tra­vaille notre argent

D’un côté, nous savons que l’argent ne se mul­ti­plie pas de cette manière. D’un autre côté, nous savons qu’un pro­ces­sus mys­té­rieux amène une mul­ti­pli­ca­tion moné­taire dont pro­fitent les prê­teurs, tan­dis que seuls ceux qui ont des dettes y perdent.

La situa­tion de ceux qui ont des dettes est, bien sûr, moins favo­rable, car cha­cun sait qu’ils doivent payer des inté­rêts sur les cré­dits accor­dés qui, selon les mon­tants emprun­tés, peuvent être assez considérables.

Mais nous sommes presque tous convain­cus que nous devons payer des inté­rêts seule­ment si nous avons des dettes, et que dans le cas contraire nous pro­fi­tons auto­ma­ti­que­ment de la mul­ti­pli­ca­tion de l’argent géné­rée par le sys­tème des intérêts.

Or, est-ce vrai­ment le cas ? Eh bien, non. En réa­lité, nous ne sommes pas assez infor­més à pro­pos du sys­tème moné­taire, bien que cela soit devenu aussi impor­tant que de savoir lire et compter.

La cir­cu­la­tion moné­taire bloquée

L’argent est un moyen d’échange des pro­duits et des ser­vices. Dans une société active, les pro­ces­sus d’échange se déroulent sans cesse, tout comme le sang qui, sans relâche, four­nit au corps les sub­stances néces­saires et le libère en même temps des déchets. C’est pour cette rai­son d’ailleurs que l’argent est appelé «le sang de l’économie».

Le dan­ger réside dans l’interruption de la cir­cu­la­tion (tout comme dans le cas du sang) à la suite d’une «thé­sau­ri­sa­tion» de l’argent par cer­tains, car beau­coup d’individus et d’entreprises conservent leurs excé­dents moné­taires pour s’en ser­vir au besoin.

Or, tout argent thé­sau­risé inter­rompt les pro­ces­sus d’échange. Par exemple, sup­po­sons qu’un billet de 50 euros change dix fois par mois de pro­prié­taire ; cela per­met­trait au cours d’une année des échanges com­mer­ciaux d’un total de 6 000 euros.

Si tout le monde rete­nait ses sur­plus, beau­coup d’argent se trou­ve­rait retiré du cir­cuit, ce qui entra­ve­rait le com­merce. La pénu­rie moné­taire pro­vo­que­rait une chute des prix, et la popu­la­tion se retien­drait d’acheter, car «demain tout sera encore moins cher». Ce serait la défla­tion tant redou­tée et de laquelle on ne res­sort que très dif­fi­ci­le­ment, comme l’a prouvé l’exemple du Japon.

Pour qu’un sys­tème moné­taire puisse fonc­tion­ner cor­rec­te­ment, il est d’une impor­tance pri­mor­diale que les masses moné­taires rete­nues soient réin­jec­tées dans le cir­cuit éco­no­mique. Faute de quoi cela pourra mener à l’écroulement du système.

Des voies pour assu­rer la cir­cu­la­tion de l’argent

Com­ment convaincre ceux qui pos­sèdent de l’argent de mettre leurs excé­dents en cir­cu­la­tion ? Pour cela, trois voies s’offrent à nous :

  • La pre­mière consis­te­rait à com­prendre les consé­quences néga­tives de la thé­sau­ri­sa­tion. Cette voie consis­te­rait en une mise à dis­po­si­tion volon­taire des masses moné­taires en échange d’une note de cré­dit. Mais cette façon de pro­cé­der n’est pas réa­li­sable à l’heure actuelle, car elle sup­pose une société plus évo­luée que la nôtre.
  • L’attrait de la deuxième voie, dans laquelle l’État pré­lè­ve­rait des frais sur les mon­tants thé­sau­ri­sés, tan­dis que les mon­tants mis à dis­po­si­tion en seraient exempts, rési­de­rait dans le désir d’éviter des pertes. À pre­mière vue, cette solu­tion res­semble à de l’exploitation, mais ce n’est pas le cas. Cette voie sera ana­ly­sée de manière plus détaillée dans le der­nier article de cette série.
  • La troi­sième voie − la pire des trois − est celle dans laquelle nous vivons. Elle consiste à offrir des primes à ceux qui prêtent leur argent. Les prê­teurs de fonds ne s’attendent pas seule­ment au rem­bour­se­ment des sommes prê­tées mais éga­le­ment à un sup­plé­ment le plus élevé possible.

L’analyste alle­mand en matière d’économie, Hel­mut Creutz, illustre cette voie ainsi : c’est comme si on aban­don­nait un véhi­cule sur une route très fré­quen­tée. La pré­sence du véhi­cule crée un embou­teillage. Mais au lieu de devoir payer une amende, celui qui a causé l’entrave rece­vrait une récom­pense pour libé­rer la voie. C’est absurde, mais telle est notre réa­lité actuelle.

Ce sont les pro­prié­taires des capi­taux qui dictent les conditions

Liasse de billets

Un pro­blème majeur : la thé­sau­ri­sa­tion d’importantes masses moné­taires à des fins de spé­cu­la­tion per­turbe la cir­cu­la­tion de l’argent de façon considérable.

Les pro­prié­taires des capi­taux ont un avan­tage face aux pro­prié­taires des pro­duits, car les sommes accu­mu­lées ne sont que des excé­dents ; elles sont impé­ris­sables et ils peuvent donc attendre que les cir­cons­tances tournent en leur faveur.

Les pro­prié­taires de mar­chan­dises, par contre, subissent une pres­sion gran­dis­sante, car leurs biens peuvent périr ou deve­nir obso­lètes, sans par­ler des coûts d’entreposage.

Cet état de choses rend tous ceux qui vivent de leurs pro­duits dépen­dants, car ils ne peuvent pas attendre que l’argent retenu soit à nou­veau mis en cir­cu­la­tion. Ainsi, ce sont donc les pro­prié­taires des capi­taux qui dictent les condi­tions. Et ces condi­tions se résument au taux des inté­rêts. Si on veut évi­ter la réten­tion des capi­taux, ce taux ne doit pas tom­ber très en des­sous des 6 %, ce qui repré­sente depuis de nom­breuses années la marge critique.

Aux prêts accor­dés par les déten­teurs des capi­taux cor­res­pondent les mon­tants des dettes des débi­teurs. Toute for­tune moné­taire repré­sente donc un poten­tiel d’acquisition non uti­lisé qui nuit à l’accessibilité aux pro­duits, y com­pris les biens publics. Ce fait consti­tue un fac­teur essen­tiel pour com­prendre le pro­blème du sys­tème moné­taire actuel.

Le deuxième point non négli­geable est le dérou­le­ment de la crois­sance en rap­port avec le fac­teur temps.

On dis­tingue trois formes de crois­sance : la crois­sance natu­relle, la crois­sance linéaire, la crois­sance exponentielle.