- Page 1 : Comment travaille notre argent
- Page 2 : Croissance conforme et croissance contraire à l’ordre naturel
- Page 3 : Une folie rendue invisible par son ampleur
- Page 4 : Les intérêts interviennent pour 40% dans le prix d’achat
- Page 5 : Le système des intérêts conduit à la catastrophe écologique
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Paul Schmitt |
Comment travaille notre argent
D’un côté, nous savons que l’argent ne se multiplie pas de cette manière. D’un autre côté, nous savons qu’un processus mystérieux amène une multiplication monétaire dont profitent les prêteurs, tandis que seuls ceux qui ont des dettes y perdent.
La situation de ceux qui ont des dettes est, bien sûr, moins favorable, car chacun sait qu’ils doivent payer des intérêts sur les crédits accordés qui, selon les montants empruntés, peuvent être assez considérables.
Mais nous sommes presque tous convaincus que nous devons payer des intérêts seulement si nous avons des dettes, et que dans le cas contraire nous profitons automatiquement de la multiplication de l’argent générée par le système des intérêts.
Or, est-ce vraiment le cas ? Eh bien, non. En réalité, nous ne sommes pas assez informés à propos du système monétaire, bien que cela soit devenu aussi important que de savoir lire et compter.
La circulation monétaire bloquée
L’argent est un moyen d’échange des produits et des services. Dans une société active, les processus d’échange se déroulent sans cesse, tout comme le sang qui, sans relâche, fournit au corps les substances nécessaires et le libère en même temps des déchets. C’est pour cette raison d’ailleurs que l’argent est appelé «le sang de l’économie».
Le danger réside dans l’interruption de la circulation (tout comme dans le cas du sang) à la suite d’une «thésaurisation» de l’argent par certains, car beaucoup d’individus et d’entreprises conservent leurs excédents monétaires pour s’en servir au besoin.
Or, tout argent thésaurisé interrompt les processus d’échange. Par exemple, supposons qu’un billet de 50 euros change dix fois par mois de propriétaire ; cela permettrait au cours d’une année des échanges commerciaux d’un total de 6 000 euros.
Si tout le monde retenait ses surplus, beaucoup d’argent se trouverait retiré du circuit, ce qui entraverait le commerce. La pénurie monétaire provoquerait une chute des prix, et la population se retiendrait d’acheter, car «demain tout sera encore moins cher». Ce serait la déflation tant redoutée et de laquelle on ne ressort que très difficilement, comme l’a prouvé l’exemple du Japon.
Pour qu’un système monétaire puisse fonctionner correctement, il est d’une importance primordiale que les masses monétaires retenues soient réinjectées dans le circuit économique. Faute de quoi cela pourra mener à l’écroulement du système.
Des voies pour assurer la circulation de l’argent
Comment convaincre ceux qui possèdent de l’argent de mettre leurs excédents en circulation ? Pour cela, trois voies s’offrent à nous :
- La première consisterait à comprendre les conséquences négatives de la thésaurisation. Cette voie consisterait en une mise à disposition volontaire des masses monétaires en échange d’une note de crédit. Mais cette façon de procéder n’est pas réalisable à l’heure actuelle, car elle suppose une société plus évoluée que la nôtre.
- L’attrait de la deuxième voie, dans laquelle l’État prélèverait des frais sur les montants thésaurisés, tandis que les montants mis à disposition en seraient exempts, résiderait dans le désir d’éviter des pertes. À première vue, cette solution ressemble à de l’exploitation, mais ce n’est pas le cas. Cette voie sera analysée de manière plus détaillée dans le dernier article de cette série.
- La troisième voie − la pire des trois − est celle dans laquelle nous vivons. Elle consiste à offrir des primes à ceux qui prêtent leur argent. Les prêteurs de fonds ne s’attendent pas seulement au remboursement des sommes prêtées mais également à un supplément le plus élevé possible.
L’analyste allemand en matière d’économie, Helmut Creutz, illustre cette voie ainsi : c’est comme si on abandonnait un véhicule sur une route très fréquentée. La présence du véhicule crée un embouteillage. Mais au lieu de devoir payer une amende, celui qui a causé l’entrave recevrait une récompense pour libérer la voie. C’est absurde, mais telle est notre réalité actuelle.
Ce sont les propriétaires des capitaux qui dictent les conditions

Un problème majeur : la thésaurisation d’importantes masses monétaires à des fins de spéculation perturbe la circulation de l’argent de façon considérable.
Les propriétaires des capitaux ont un avantage face aux propriétaires des produits, car les sommes accumulées ne sont que des excédents ; elles sont impérissables et ils peuvent donc attendre que les circonstances tournent en leur faveur.
Les propriétaires de marchandises, par contre, subissent une pression grandissante, car leurs biens peuvent périr ou devenir obsolètes, sans parler des coûts d’entreposage.
Cet état de choses rend tous ceux qui vivent de leurs produits dépendants, car ils ne peuvent pas attendre que l’argent retenu soit à nouveau mis en circulation. Ainsi, ce sont donc les propriétaires des capitaux qui dictent les conditions. Et ces conditions se résument au taux des intérêts. Si on veut éviter la rétention des capitaux, ce taux ne doit pas tomber très en dessous des 6 %, ce qui représente depuis de nombreuses années la marge critique.
Aux prêts accordés par les détenteurs des capitaux correspondent les montants des dettes des débiteurs. Toute fortune monétaire représente donc un potentiel d’acquisition non utilisé qui nuit à l’accessibilité aux produits, y compris les biens publics. Ce fait constitue un facteur essentiel pour comprendre le problème du système monétaire actuel.
Le deuxième point non négligeable est le déroulement de la croissance en rapport avec le facteur temps.
On distingue trois formes de croissance : la croissance naturelle, la croissance linéaire, la croissance exponentielle.


Des connaissances nouvelles concernant la Création permettent de comprendre le sens profond des événements actuels