- Page 1 : Les secrets de cette île mystérieuse
- Page 2 : Une histoire étonnante
- Page 3 : Un exemple choquant et frappant
| Sigfried Hagl |
Les secrets de cette île mystérieuse
A Pâques de l’an 1722, alors qu’il naviguait avec trois vaisseaux en quête de la « terra australis », l’amiral hollandais Jakob Roggeveen (1659–1729) aperçut dans l’immensité du Pacifique une île solitaire, qui se trouvait à plus de 3500 km du continent sud-américain et à environ 5000 km de la Nouvelle-Zélande.
Il découvrit à sa grande surprise qu’il s’agissait d’un îlot d’environ 165 km2.
Les quelque 3000 habitants de cette île totalement dépourvue d’arbres se nourrissaient péniblement de ce qu’ils arrivaient à faire pousser sur la pauvre terre pierreuse, aride, dénudée, desséchée par le vent, et leur seule boisson était l’eau trouble des lacs nichés au cœur des cratères des volcans.
Toutefois, ce qui rendit ce morceau de terre célèbre dans le monde entier, ce fut la découverte des Moais, ces statues monumentales taillées dans le tuf noir et disséminées sur l’ensemble de l’île.
Comment et pourquoi étaient-elles arrivées là ? Comment avaient-elles été transportées ?
De nombreuses spéculations
L’Ile de Pâques a la forme d’un triangle de 24 km de base sur 12 km de hauteur. Un volcan s’élève à chacun de ses angles et elle offre des conditions peu propices à la vie. Pas étonnant que Jakob Roggeveen ait dépeint des insulaires : « petits, maigres, peureux et tristes ». Pour l’amiral, les Moais restèrent un mystère ; les indigènes fournirent à leur propos des explications vagues et déconcertantes.
D’ailleurs, les Hollandais ne prirent guère le temps de prospecter l’île. Quelques jours après son arrivée, la flottille abandonna cette terre inhospitalière, non sans avoir tiré une salve inutile qui tua quelques insulaires.
Les explorateurs qui suivirent ne récoltèrent pas plus d’informations auprès des natifs, hormis le fait que les habitants de l’île – d’origine polynésienne – avaient trouvé au 16e siècle un simple document se rapportant essentiellement au culte. C’est ainsi que naquirent de folles spéculations concernant l’origine de ces Moais, dont certains pouvaient atteindre douze mètres de haut.
On dit par exemple que ces statues géantes auraient été construites par les héritiers d’une civilisation hautement avancée, ayant brutalement disparu. Trois de ces civilisations sont en concurrence : la Lémurie située dans l’Océan Indien ; l’empire de Mu, vaste continent du Pacifique, et l’Atlantide, dont l’Ile de Pâques aurait été un avant-poste.
Mais l’hypothèse la plus originale stipule que les Moais seraient la représentation fidèle de visiteurs de l’espace qui auraient donné les moyens techniques – et peut-être même la force physique – de déplacer ces énormes statues.
Des statues impressionnantes
Il faut reconnaître que ces mégalithes dispersés sur l’ensemble de l’île sont extrêmement impressionnants. La plupart des Moais achevés mesurent cinq à six mètres de haut. D’autres, plus petits, ne mesurent que deux mètres, et plus de trente d’entre eux font dix à douze mètres.
La plus grande de ces statues taillées dans une pierre de lave gris-jaune mesure 9,80 mètres et pèse environ 80 tonnes. Il faut lui ajouter la coiffe cylindrique (ou chignon) de 2,40 mètres de haut, pesant environ 10 tonnes, taillée dans une pierre rouge en provenance d’un volcan situé à l’ouest de l’île – alors que les statues de tuf noir ont été taillées dans la carrière du volcan Rano Raraku, à l’est de celle-ci.
La palme revient à un Moai malheureusement inachevé et presque aussi haut qu’une maison de sept étages (environ 21 mètres). Il n’est pas encore détaché de la roche et on se demande même si les insulaires auraient réussi à le bouger.
Les Moais ne furent pas les seuls à mobiliser l’attention. Celle-ci se porta également sur les légendes contées par les habitants de l’île et rassemblées par les ethnologues. Il en résulta nombre de livres et de films qui firent connaître l’Ile de Pâques à un vaste public.
Scientifiques et naturalistes parvinrent à résoudre l’énigme de ces statues monumentales. Il apparut que cette île perdue loin de tout constituait en soi un modèle : les psychologues y relevèrent des cas-types de comportements humains destructeurs, et les écologistes l’exemple par excellence de destruction d’un environnement intact au départ.
Le Monde du Graal : un regard spirituel sur le monde. 4 numéros par an. Existe depuis 1956.